Les pays qui déroulent le tapis rouge aux ultrariches, en leur offrant de grosses économies d’impôts en cueillent aujourd’hui les fruits. Et à l’instar des Français très aisés qui craignent un coup de bambou fiscal, les grandes fortunes regardent de plus en plus hors de leurs frontières pour voir si l’herbe est plus verte ailleurs.
En témoigne, le nouveau classement du Barnes City Index, qui consacre chaque année les villes les plus recherchées par les ultra high net worth individuals (UHN‐ WI), ces familles dont le patrimoine dépasse les 30 millions de dollars. Et en 2025, l’aspect fiscal y est prépondérant. Cette année et pour la deuxième année consécutive, Madrid tient le haut de l’affiche. Selon le réseau immobilier Barnes, qui y est pré‐ sent depuis 2016, les prix du haut de gamme y ont même augmenté de 15 à 20 % en 2025. Le secret de cet engouement ?
Une économie dynamique, une bonne qualité de vie – c’est l’une des villes les plus sûres d’Europe mais surtout une fiscalité ultra-favorable pour les gros patrimoines. La loi dite « Beckham » permet par exemple aux nouveaux venus d’être imposés à 24 % pendant les six premières années jusqu’à 600 000 euros de revenus espagnols, en‐ suite c’est le barème progressif qui s’applique. « C’est un régime de faveur très attractif auquel s’ajoutent, contrairement à la France, des cotisations sociales très faibles », précise Mathieu Bazus, avocat associé au cabinet Kopper. De quoi aimanter les talents. « La ville attire beaucoup de jeunes fortunes ayant eu du succès dans la crypto ou dans la tech », fait valoir Pierre de Saint Vincent, responsable du développement chez Barnes Espagne. » LIRE AUSSI – Impôt sur le revenu, énergie, pacte Dutreil… Ce que contient la copie fiscale du gouvernement Mais c’est loin d’être tout. Madrid, qui dispose d’une autonomie fis‐ cale comme d’autres grandes villes, joue cette carte à fond. Les taxes sur les successions et les donations y sont quasi nulles. De même, l’impôt sur la fortune y est très amoindri. « Ce sont des dispositions très avantageuses que l’on ne retrouve pas à dans d’autres villes comme Barcelone par exemple », précise Mathieu Bazus.
Fiscalité Imbattable
Milan, qui séduit aujourd’hui nombre de Français à la recherche d’une fiscalité plus douce, apparaît en deuxième position de ce classement. La ville était cinquième en 2024. « Les clients commencent à nous parler beaucoup de l’Italie et de Milan en particulier », 1 confirme David Charlet, président de l’association de conseillers en gestion de patrimoine Anacofi. Il faut dire que la Botte a sorti le grand jeu depuis 2017 pour séduire les grandes fortunes étrangères. Les très gros salaires – jusqu’à 600 000 euros – y bénéficient d’un abattement de 50 % sur les impôts. Les très grosses fortunes bénéficient d’un impôt forfaitaire maximal de 200 000 euros. Il était toutefois de 100 000 euros avant 2024. En matière de succession, le pays fait aussi très fort, avec une franchise d’impôt en dessous de 1 million d’euros.
Ce qui aboutit à des coûts de succession jus‐ qu’à dix fois inférieurs à ceux pratiqués en France Dubaï, dont la fiscalité imbattable n’est plus un secret, arrive en troisième position. « C’est zéro impôt sur le revenu, zéro impôt sur la fortune et zéro cotisations sociales », résume Mathieu Bazus.
L’impôt sur les sociétés a, lui, été récemment remonté à 9 % audelà de 87 000 euros par an. Ce qui provoque des appels d’air mas‐ sifs quand certains pays veulent taxer plus fortement le patrimoine. L’an dernier, plus de 3 000 millionnaires britanniques, fuyant les hausses d’impôts dans leur pays, sont venus s’installer à Dubaï. Un phénomène qui pourrait s’observer ailleurs. « En France, le patri‐ moine s’est beaucoup financiarisé ces dernières années, il est moins immobilier qu’avant et donc beaucoup plus mobile », rappelle Nicolo Acquari, ingénieur patrimonial chez Mirabaud Group.
par 5035 Carasso Jorge jcarasso@leparticulier.fr Jorge Carasso